Au bord de la piscine (on est bien)

Via un croisement entre la performance et les arts plastiques, Antonija Livingstone et Nadia Lauro collaborent à la mise en scène d’un symposium queer sur la présence rare et la pratique menacée.

La visite d’une bibliothèque chimérique peuplée de ses gardien.ne.s. Pendant une tempête, nous nous réfugions ensemble dans un habitat nomade serein. Une assemblée wyrd constituée d’ami.e.s, d’artistes invité.e.s et de créatures accueille un public intime, réuni pour écouter et réfléchir sur le potentiel dissident des gestes lents, polyphoniques et démodés.

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Un tapis turquoise dans lequel se baigner, de la pluie pour se laver, un escargot comme compagnon de vie, du tonerre pour ébranler nos vies, des diapasons pour accorder nos envies avec le monde extérieur. C’est ce à quoi Antonija Livingstone et Nadia Lauro nous invite, dans la galerie du M.A.I. Les 10 interprètes évoluent dans l’espace, chacun.e ont leur trajectoire bien définie dans ce lieu ouvert habité par 4 colonnes. Dans un coin, un choeur de personnages aux cheveux turquoises. Dans le coin opposé, une personne construit un panier en osier. Iel s’affairera à la tâche pendant toute la représentation. Accueilli chaleureusement, c’est avec joie que nous prenons place au sol, sur ce tapis de velours, comme si l’on était au bord de la piscine à regarder ces actions se dérouler. De grandes feuilles semblables à des feuilles d’aluminium sont transportées comme des morçeaux de vêtements entrain de sécher, reflétant la lumière comme dans une piscine intérieure et créant des sons sourds rappelant la foudre, accompagnant le son de la pluie et du vent dans les enceintes de la salle. Chaque interprète évolue indépendamment, en polyphonie. Chaque voix se superpose à l’autre, chaque partition complète celle de ses partenaires.

Les interprètes évoluent comme des escargots, laissant des traces de doutes derrière eux. Certain.es ont à affronter leur reflet dans ces grandes feuilles à la surface réfléchissante, d’autres invitent le public à  »prêter » leur oreille. Certain.es ont la chance d’être invité.es à se coucher au sol pour se faire caresser les oreilles, faire écouter le son de l’océan dans un coquillage ou encore les vibrations d’un diapason. On devient ultra-sensible à tous les stimulis faisant leur chemin dans cette chambre d’écho. On nage dans un état proche de la plénitude. Les choses avancent, inéluctablement. Cet espace méditatif nous en apprend beaucoup sur nous-mêmes, sur nos désirs, nos angoisses, nos volontés d’aller vers l’avant. La recherche plastique qui s’opère devant nous est ingénieuse de par le fait qu’elle inclut toujours une dimension sonore. Le tout sans aucun mot. Comme quoi les études hérésies 1-7 arrivent bien à communiquer de manière intra-sensorielle leur prémisse de départ : se réfugier ensemble dans un habitat nomade serein pour ouvrir les bouquins intérieurs de nos entités.

Une rencontre à la fois apaisante, brillante et salvatrice.

Jusqu’au 12 mars au M.A.I (Montréal Arts Interculturels) dans le cadre de la programmation de Danse-Cité.

Pour plus d’infos : http://www.danse-cite.org/fr/spectacles/2019/les-etudes-heresies-1-7

MAI (MONTRÉAL, ARTS INTERCULTURELS)

3680, rue Jeanne-Mance, Montréal

Sherbrooke ou Place-des-Arts

514.982.3386

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Conçu et réalisé par : Antonija Livingstone & Nadia Lauro
en collaboration avec : Stephen Thompson & Kennis Hawkins
Artistes invité.e.s : An Thorne, Tobaron Waxman, Winnipeg Monbijou
Artistes invité.e.s : Nicoletta Brandi, Mich Cota, Malik Nashad Sharpe
Troisième Œil : Troisième Œil Montréal
Son : Brendan Dougherty
Direction Technique Danse-Cité Montréal : Lee Anholt

Une présentation de Danse-Cité, en collaboration avec Livingstone & Trembling Collaborations. 

les études (heresies 1-7) 2015

Une commande originale du Festival D’Automne, Ménagerie de Verre, Paris, France.
Produit par Extrapole 2015-2017, soutien à la coproduction : CDN Montpellier, Arsenic CH, Théâtre Garonne Toulouse, Festival Actorale, Marseille, Usine C, Conseil des Arts du Canada, Gibney Dance – American Realness NYC, Fonds de tournée du Conseil des Arts du Canada et les services culturels de l’ambassade de France aux États-Unis.

Author: Thomas Duret

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