Le splendide Magnificat, concert inaugural des Violons du Roy et de la Chapelle de Québec

La Maison symphonique de Montréal accueillait samedi 28 septembre le concert Magnificat donné par les Violons du Roy et la Chapelle de Québec. Le titre de ce concert inaugural de leur 35èeme anniversaire sonnait comme un clin d’œil à l’excellence à laquelle ces deux ensembles nous ont habitués. Ce fut en fait trois Magnificat qui nous furent proposés : Le Magnificat en ré majeur, BWV 243 de Jean-Sébastien Bach, et ceux de ses deux fils : le Magnificat, W E22 de Johann-Christian, et le Magnificat, Wq. 215, H. 772 de Carl Philipp Emanuel. Un choix original qui met à l’honneur une filiation faite de communauté autant que de distanciation musicale et humaine exceptionnelle. Un choix qui nous permet ainsi de mieux découvrir une variation autour d’un même morceau en cette période charnière de fin du baroque et de délaissement peu à peu, après la mort de son plus ardent défenseur, Jean-Sébastien Bach, du contrepoint. Le Magnificat, ce cantique de louange au Seigneur est celui chanté par la Vierge peu après l’Annonciation alors qu’elle rend visite, La Visitation, à sa cousine Élizabeth elle-même enceinte de Jean-Baptiste. Il est un hymne à Dieu. Il accompagne les Vêpres dans la liturgie catholique et dans plusieurs fêtes mariales dont la Fête de la Visitation. Mais il se retrouve aussi dans le répertoire protestant pourtant peu porté sur le culte Marial. Ce fut notamment le cas pour les Magnificat de Jean-Sébastien et de Carl Philipp Emanuel. Autre entorse majeure à la liturgie protestante, ces deux œuvres sont en latin. C’est dire son importance tant religieuse que musicale et sa permanence dans le répertoire sacré tout au long des siècles. Il est donc naturel que chacun des trois compositeurs du concert de ce soir y aient mis tout leur talent et personnalité. C’est ainsi que le Magnificat de Jean-Sébastien, joué ce soir, est sa deuxième version réécrite en ré majeur contrairement au premier qui était en mi bémol majeur une transposition qui permettait de mettre plus en valeur les instruments à cordes. Quant au Magnificat de Carl Philipp Emanuel, en Ré majeur, composé à Potsdam, c’est sa première œuvre religieuse majeure. S’il ne rompt pas véritablement avec l’œuvre de son père son magnificat, plus fougueux, brillant amorce des changements symptomatiques d’une nouvelle époque qui approche. Avec le Magnificat de Johann-Christian la prise de distance avec l’art de son père, perçu alors comme « une vieille perruque », défenseur acharné du Contrepoint, est plus avancée même si son maître à lui demeure le contrepuntiste le Patre Martini de Bologne où il étudie. Sa conversion au catholicisme et le style italien qui s’ouvre à l’opéra et à ses spécificités instrumentales nourrissent son inspiration. Le registre instrumental évolue, le clavecin disparaît tandis que les instruments à vent prennent plus d’importance. Ce troisième et dernier de ses trois Magnificats a été composé alors qu’il vient d’être nommé à la cathédrale de Milan et que l’influence du Patre Martini s’estompe.

Et cette fois encore, sous la direction inspirante du Chef Jonathan Cohen, la prestation fut à la hauteur de la réputation de cet ensemble de chœur et instrumental. Excellence de l’interprétation comme pertinence du programme : Trois Magnificats, trois œuvres cependant bien différentes l’une de l’autre y compris dans leur composition. Nombre de solistes ( 5 pour ceux de Jean-Sebastien et Carl Philipp Emanuel, 4 pour celui de Johann-Christian ); 12 mouvements dans celui de Jean-Sebastien pour 9 dans celui de Carl Philipp Emanuel et seulement 5 dans celui de Johann-Christian; évolutions dans l’instrumentation : ainsi le clavecin a totalement disparu dans le Magnificat de Johann-Christian, et on compte plus d’instruments à vent notamment les cors pour les œuvres de deux fils… Une belle démonstration par ce programme des variations sur un même thème de la structure d’une œuvre alors que la thématique religieuse pourrait nous la faire croire plus figée. Un bel hommage à la liberté créatrice des compositeurs!!!. Le concert Magnificat a su mettre toutes ces différences aussi bien que les convergences en valeur.

Rigueur mais aussi émotion dans l’interprétation des musiciens, des chœurs et des solistes. Soulignons notamment l’interprétation des deux flûtistes, Ariane Brisson et Myrim Genest-Denis qui sont parvenues à attendre une très bonne homogénéité de son, même si elles jouaient des instruments de différente composition : instrument entièrement en bois et instrument avec une tête métallique. Mais aussi la très grande excellence des solistes notamment les hommes, aux voix puissantes, les voix des femmes ne parvenant pas toujours à « émerger » de l’orchestre et des chœurs notamment au début du Magnificat de Jean-Sebastien malgré leur grande maîtrise et pureté Les duos du ténor Thomas Walker et du contre-ténor Anthony Roth Costanzo furent particulièrement enlevants. C’est d’ailleurs avec un véritable bonheur que nous avons retrouvé ce merveilleux soliste qui nous avaient éblouis autant par sa maîtrise vocale que par sa présence sur scène lors du concert inaugural de la précédente saison et de la direction de Jonathan Cohen Anthony Roth Costanzo chante Handel et Glass. C’est aussi avec un vrai plaisir que nous avons retrouvé la jeune soprano québécoise Myriam Leblanc qui avait particulièrement brillé dans le Rigoletto joué à l’automne dernier par l’Opéra de Montréal. Une soliste à la voix, peut-être moins classique mais plus « personnelle » qu’Hélène Guilmette, et au jeu sur scène très assuré et maîtrisé. Une encore jeune soliste qui, à l’évidence, a un très bel avenir devant elle.

Soulignons aussi cet « aparté » des trois chanteuses du chœur dont la prestation était du niveau de solistes.

La deuxième partie du concert entièrement consacrée au Magnificat Wq. 215, H. 772 de C.P.E. BACH était sans conteste la plus expressive du concert et c’est alors que le plaisir d’être sur scène l’une des marques des Violons du Roy et de la Chapelle de Québec comme de leur chef, Jonathan Cohen était le plus démonstrative.

Un seul regret, que le placement de l’orchestre sur la scène n’ait pas permis de mettre plus en valeur le percussionniste et les instrumentalistes à vent pourtant au cœur des subtilités et différences de ces Magnificat.

J.S. BACH Magnificat en ré majeur, BWV 243
C.P.E. BACH Magnificat, Wq. 215, H. 772
J.C. BACH Magnificat, W E22,

sopranos : Hélène Guilmette et Myriam Leblanc,
contre-ténor : Anthony Roth Costanzo
ténor : Thomas Walker
baryton : Christian Immler
Chef, Directeur musical :Jonathan Cohen
Clavecin : Jonathan Cohen

Les Violons du Roy

28 septembre 2019
Maison symphonique de Montréal
© photo : courtoisie

Author: Christiane Dubreuil

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