Les sorties du printemps chez les 400 coups

La collection du printemps chez Éditions les 400 coups est arrivée ! Retour sur quelques-unes de leurs publications.

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Albert est un chien, mais il est surtout un artiste. Il adore se promener pour trouver l’inspiration. Lorsqu’il revient dans son studio, il peut créer sans limites. Mais parfois, à sa grande surprise, ses oeuvres ne sont pas appréciées à leur juste valeur.

Joaquim Camp nous propose une oeuvre somme toute rigolote. Albert le chien-artiste décide de nous inviter à son processus de création. Ainsi, il se promène dehors et récupère tout un tas d’objets dans les poubelles. Il les ramène chez lui, les assemble et en construit une oeuvre. Les spectateurs.trices entrent dans la maison, sa galerie privée et découvre le travail. Ils.elles ne sont pas très content.es et on peut les comprendre : Albert a ramené des ordures qu’il aura installées sur un sofa qu’il aura troué, en plus de faire ses besoins dessus. L’art d’Albert est incompris…

Mais que doit-on réellement retenir de ce livre pour enfant ? Certes, c’est un clin d’oeil malin aux propriétaires de chiens et au monde de l’art contemporain. Cela dit, on aurait peut-être aimé que certaines stéréotypes ne soient pas (encore) perpétués (le béret et le foulard… qui a vu un.e artiste s’habiller comme ça dans les dernières décennies ?), surtout dans un livre pour enfant. Car l’art et les artistes contemporains, même s’ils sont abordés dans le livre de manière créative et amusante, sont malheureusement vu de manière un peu péjorative. Le chien aurait simplement pu ramasser des morceaux de bois pour en construire une oeuvre, sans avoir besoin de passer par les ordures et démolir le mobilier de ses maîtres. Le livre reste évidemment à prendre au second degré, mais il est permet de questionner ce que les livres pour enfants ont comme effet sur leur public : l’art est-il, oui ou non, quelque chose de sérieux (et à prendre au sérieux) ? Est-il quelque chose de forcément incompréhensible, réservé à une élite ? À revoir. Quoi qu’il en soit, malgré ce court récit d’artiste incompris, on apprécie le traitement coloré et la tête du chien Albert.

Prix – 11,95$ | 9,50€

Âge – Dès 5 ans

Nombre de pages – 32 pages

Février 2019

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Un jeune garçon dessinant tranquillement dans le salon pose LA grande question à ses parents : comment on fait les bébés ? Quoi répondre ? Jamais ces pauvres parents n’auraient cru que cette question allait venir si rapidement. Vont-ils dire la vérité ou s’en sortir avec l’un des grands mythes ?

Comment on fait les bébés ? de Isabelle Jameson et Maud Legrand est une belle surprise. Un enfant dessine à sa table tranquillement. Soudainement, la question (qui semble encore aujourd’hui apporter tant de confusion chez les parents questionné.es) surgit. Abeilles, choux, cigognes… tout y passe. On tente même l’explication que les bébés poussent dans les arbres. À travers un trait délicat et une aquerelle aux couleurs pastels, les parents tentent tant bien que mal d’expliquer de manière métaphorique la question de la reproduction chez les humains. Heureusement, le livre ne tombe pas dans le paneau du récit prude et vu des millions de fois : les parents se mouillent et expliquent que pour faire des bébés, il faut deux personnes ( »en fait non, une personne seule peut aussi avoir des enfants… » ). Peu importe leur sexe (merci ! ENFIN). C’est une bouffée d’air frais. Les parents expliquent alors à leur enfant qu’il existe plusieurs manières de faire les bébés, et que le sexe et la quantité de personnes impliquées n’a rien à voir là-dedans. Les possibilités sont multiples. On sort ainsi du carcan habituel hétéro-normatif que l’on a (trop) souvent vu. La chute nous surprend également : au moment où les parents tentent de se dépatouiller avec tous les scénari possibles, la grande soeur arrive et explique que pour faire un bébé, il faut d’abord dessiner les yeux, le nez, la bouche, puis une tête… Tout ce temps-là, le petit ne cherchait qu’une manière efficace de dessiner des bébés, et non pas de les faire. Qu’importe, il aura appris quelque chose, et les parents auront eu le droit à un coup de pratique pour la prochaine fois, quand leur enfant leur posera réellement la question.

Prix – 14,95$ | 10,50€

Âge – Dès 3 ans

Nombre de pages – 32 pages

Février 2019

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Dès qu’il a de l’argent de poche, Réal, cinq ans, qui habite au-dessus d’un dépanneur de quartier, bondit hors de sa maison, dévale l’escalier, tire sur le noeud de la corde à linge au passage, et cours acheter des bonbons.  Mais un jour, cette petite habitude tourne au cauchemar lorsqu’il perd pied et se retrouve suspendu au-dessus du vide, au beau milieu de la corde à linge. Arrivera-t-il à se déprendre de cette fâcheuse position sans laisser tomber son argent de poche ?

Dans ce livre d’Orbie, plein d’humour et au regard tendre, le petit Réal se trouve pris dans une situation bien fâcheuse mais pourtant universelle. Qui n’a jamais été pris au piège dans une situation pareille étant jeune, et n’ayant aucun adulte à portée de mains pour nous venir en aide ? C’est peut-être ainsi que l’on apprend de nos erreurs – quand personne ne peut nous venir en aide et que nous sommes livrés à nous-mêmes. Le livre nous propose une histoire de courage qui permet un rappel aux parents un peu trop protecteurs.trices qu’il n’est jamais une mauvaise chose de laisser les enfants faire leurs propres expériences. Après tout, c’est en échouant que l’on apprend. S’il y a toujours quelqu’un pour nous venir en aide, nous devenons dépendant. Ce sont les expériences de vies qui forgent notre personnalité.


Après être resté un long moment pris dans les airs, et suite à une fausse manoeuvre, Réal tombe au sol. Il se fait mal, s’écorche les mains et se met à pleurer. Une fois le sac de larme épuisé, il réalise qu’il a survécu à l’épreuve qui le terrorrisait. Comme quoi ce n’était pas la fin du monde. Mais pour s’en rendre compte, il aura fallu à Réal d’expérimenter la chute et la douleur. Bien sûr, il aurait pu se faire plus mal, se casser un bras ou une jambe… mais ne nous sommes pas mis nous-mêmes en danger plusieurs fois pendant notre jeunesse (et parfois encore aujourd’hui…) ?

Au final, tout est bien qui finit bien, Réal se dirigera au dépanneur du coin, les mains légèrement écorchées, pour s’acheter des bonbons comme convenu. Voilà qui devrait apaiser sa douleur (et lui donner une leçon pour la prochaine fois – la preuve, il se contentera d’imiter le son de la corde qui claque plutôt que de s’y accrocher).

Prix – 23,95$

Âge – Dès 7 ans

Nombre de pages – 64 pages

Mars 2019

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Un jour où il s’ennuie, un jeune garçon remarque un cumulus qui flotte seul dans le ciel. Touché par la situation du nuage, qui ressemble étrangement à la sienne, le jeune solitaire entame le dialogue avec le cumulus. Ensemble, ils parcourent le village. Doucement, le garçon se confie au sujet de la séparation de ses parents, de sa solitude, de son école et de la vie en général.

Qui n’a jamais vécu de moment de solitude et d’ennui, étant jeune ? Qui n’a jamais imaginé des formes, des objets et des visages dans les nuages ? Cumulus fait appel à tous.tes ceux.celles qui ont un jour dialogué avec la nature.

Pour les 5 ans du livre (publié auparavant chez Mécanique Générale en 2014), les 400 coups ont décidé d’en faire une nouvelle édition.

Le trait naïf de Perreault (connu aussi pour Le Facteur de l’espace) est toujours aussi agréable et apaisant. Les moments de silence sont les bienvenus et nous permettent de plonger dans ce quotidien parfois morne et triste d’un enfant ayant subi les dommages collatéraux du divorce. Dans quoi plonge-t-on quand nous sommes submergés par l’ennui ? Quand nos ami.es et nos loisirs ne nous suffisent plus ? C’est là que le rêve entre en jeu. Le jeune garçon s’imagine alors parcourir le monde sur le dos du nuage, qu’il suit partout à travers la ville et la campagne. Jusqu’au moment où il ne peut le suivre dans son parcours : le nuage arrive au port et entame sa course vers l’océan. Le jeune garçon subit un nouvel abandon, et tout ce qui vient avec (colère, incompréhension, tristesse).


Cumulus est une oeuvre touchante qui plaira autant aux adultes qu’aux enfants de par l’universalité de son propos et le charme de ses dessins.

Prix – 24,95$ | 18,00€

Nombre de pages – 80 pages

Dès 7 ans

Avril 2019

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Le grand zoologue Édouard Marlaud décide de quitter son musée pour prouver à tous l’existence du célèbre Mokélé-Mbembé. Il s’embarque pour l’Afrique avec la ferme intention de sillonner la jungle jusqu’à ce qu’il puisse enfin photographier la légendaire créature. Ce que notre aventurier n’a peut-être pas parfaitement compris, c’est que, pour trouver la fameuse bête, il faut bien ouvrir les yeux et prêter une attention de tous les instants… Y arrivera-t-il ?

Le périple commence jour où le zoologue décide de quitter les USA pour partir à la recherche d’une créature mythique nommé  »Mokélé-Mbembé ». Il s’enfoncera alors dans la jungle en longeant le fleuve Congo pour y installer son campement et entamer ses recherches. Il y restera plusieurs années, sans jamais apercevoir une seule fois la créature apparemment gigantesque. Mais ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il faut bien ouvrir l’oeil car malgré sa taille, le Mokélé-Mbembé maîtrise l’art du camouflage…

Le livre de Yannick NorY offre une belle palette de couleurs, jouant beaucoup sur le clair-obscur. On a parfois l’impression d’halluciner tellement les couleurs sont chatoyantes et le traits précis, créant des compositions écclectiques et complexes.

Prix – 19,95$

Âge – Dès 5 ans

Nombre de pages – 40 pages

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Quand Oscar perd son drap en jouant à cache-cache avec Francis, c’est toute une aventure qui commence. Dans cette vieille maison qui regorge de vêtements de toutes sortes, Oscar, accompagné de Francis, poursuit sa quête du costume idéal de pièce en pièce. Trouvera-t-il ce qui lui convient ? Et que penseront les enfants qui feront irruption dans la maison de nos petits fantômes ?

La fameuse histoire de fantôme ! Cette fois-ci, on plonge dans le quotidien de ces êtres qui auront habité notre enfance. Ces fameux esprits recouverts d’un drap blanc sont souvent connus comme étant malicieux et aimant jouer des tours pour faire peur aux humain.es. Alors qu’ils n’ont personne à qui faire peur, les deux amis fantômes décident de jouer à cache-cache. Ils n’auront pas prévu que la journée s’annoncerait venteuse, et, alors qu’Oscar sort de sa cachette, le vent emporte sa tenue ! Se retrouvant pour ainsi dire  »nu », Oscar se voit pris dans de beaux draps (jeu de mots non-intentionnel). Heureusement, son ami Francis est là pour l’aider à se sortir du pétrin. Ensemble, ils parcoureront le manoir à la recherche d’un vêtement pouvant remplacer le drap blanc initial. Il est notamment intéressant de voir pour une fois le fantôme sans son apparât habituel ou encore de le voir essayer un tapis, une nappe, une chemise, un chapeau ou même encore être recouvert de poussière (qui a déjà vu un fantôme sale ?).

Ce livre a deux grandes qualités qui plaira à tous les parents : son traitement visuel simple et accrocheur et un récit amusant et accessible en feront un livre de choix pour les parents qui veulent initier leurs enfants à la lecture. Il est d’autant plus robuste, car entièrement cartonné, ce qui le rend ainsi agréable à manipuler pour les petites mains sans risquer de l’abîmer.

Prix – 14,95$

Âge – Dès 3 ans

Nombre de pages : 28 pages

Author: Thomas Duret

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