Speed Glue – FTA

Une table, un filet. Une partie de ping-pong. Deux jeunes joueurs professionnels s’échangent la balle sans jamais la faire tomber. Les créateurs Simon Grenier-Poirier et Dorian Nuskind-Oder réinventent les règles et invitent des champions nationaux de ping-pong à jouer sans l’envie de battre l’adversaire. Pour la beauté du jeu.

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Il y a toujours la possibilité de proposer de nouvelles manières de penser, de nouveaux modèles à essayer. Speed Glue est un bon exemple. C’est une décision malgré tout inattendue : enlever la compétition d’un sport qui se joue en tête à tête. Les fans de sports diront que c’est cette compétition qui rend le sport attrayant et les prouesses, admirables.

Mais en effet, que se passe-t-il quand on se libère de toutes attentes de victoires, d’un côté ou de l’autre ? On tombe dans un autre univers, où les paradigmes évoluent librement. C’est un monde des possibles qui s’offre à nous. Puisque tout n’est plus dirigé que vers un seul objectif, on sort de la normativité, du formatage que nous imposent les sports de compétition. Qu’en serait-il si nous faisions la même chose avec d’autres pans de nos vies ? Jusqu’où l’absence de contraintes et l’abolition des paradigmes habituels pourrait nous amener ?

Les pongistes professionnels, n’ayant plus besoin de se prouver à leur adversaire, se permettent d’évoluer librement dans ce jeu qui malgré tout conserve ses règles. La balle ne doit jamais toucher le sol (ou le moins possible). Si elle touche le sol, la vie continue. Mais surtout, il faut garder le jeu actif et durable pour que l’on ne tombe pas dans le geste mécanique. Il faut toujours chercher à se réinventer. Philosophiquement parlant, ce spectacle nous offre de belles pistes de réflexions quant à nos existences, que ce soit d’un point de vue intime ou sociétal. On se permet de se perdre à travers les aller-retours hypnotisants de la balle, pensées ponctuées du bruit qu’elle fait entre la table et les raquettes. Malgré la belle proposition que nous offrent les créateurs.trices, toute en sobriété, certains passages tombent un peu dans la monotonie tant certaines partitions se ressemblent. Même si les joueurs sont d’une grande efficacité, on regrettera peut-être que le cadre imposé par les règles ouvertes n’ait pas un peu plus éclaté. La courte durée de la performance l’empêche cela dit de plafonner trop rapidement. Le public quant à lui, suit la balle des yeux et espère qu’elle ne touche pas le sol. La tension et les enjeux restent présents et ne rendent pas ce sport plus emmerdant parce qu’il n’y a plus de compétition. Tout le monde y gagne !

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Speed Glue

1er au 4 juin

La Chapelle – Scènes Contemporaines

http://fta.ca/spectacle/speed-glue/

Author: Thomas Duret

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