Résumé

Suède, 1649. La reine Christine, anticonformiste et avant-gardiste, invite le philosophe René Descartes pour tenter de comprendre le sentiment amoureux qui la tenaille à la lumière de la raison. Elle découvre qu’elle n’est amoureuse que d’une seule chose : son libre arbitre.

Michel Marc Bouchard, auteur couronné de succès, livre ici l’une de ses plus belles pièces. Sur fond de réflexion philosophique, d’intrigue politique et d’histoire d’amour, il pose l’une des questions les plus préoccupantes de notre société par les temps qui courent : entre les aspirations individuelles et le bien commun, que choisir ?

La pièce

Michel Marc Bouchard signe ici un superbe texte dont le rythme fascine. Traitant d’un sujet philosophique, quelques pointes d’humour viennent alléger la réflexion dont la portée cache une dimension presque tragique.

C’est d’ailleurs ce qui amuse. À certains moments, nous pourrions croire à une tragédie. Issue fatale, mort des personnages, trahison et vengeance des dieux: tout est en place dans le premier acte pour reconnaître cette fin propre aux tragédies grecques où les personnages sont victimes de leur destin. Ici, la conclusion est tout autre: la reine Christine, ce petit bout de femme, aura le choix, pèsera le pour et le contre de toutes les possibilités, et nous permettra de croire que le libre-arbitre existe.

Et que dire de la fluidité des dialogues? Malgré un niveau de langue soutenu, ceux-ci semblent couler de la bouche des comédiens comme une banale discussion entre amis.

La pièce met en lumière plusieurs oppositions: le dogme religieux et la science, les relations hommes-femmes, la monarchie et le pouvoir, le devoir et la quête individuelle de sens. C’est une invitation intemporelle de remise en question des idéologies qui dirigent notre monde encore aujourd’hui par des idées préconçues dont le fondement peut s’avérer douteux.

Mise en scène

Noir ou blanc, c’est ce qui caractérise les décors et les costumes de la pièce. Cette opposition vient appuyer le fondement même des textes de Bouchard. Marie-Josée Bastien utilise habilement cette dualité, y mélangeant la sobriété et le grandiose. En effet, la mise en scène est épurée, malgré des installations dont la mobilité et la praticabilité permettent un jeu riche et l’exploitation de l’espace scénique vertical.  Les costumes sont particulièrement réussis, et déplacent l’action dans une époque qui n’est pas la nôtre bien sûr, tout en révélant une certaine noblesse.

Le choix des comédiens vient renforcer le discours. Christine, incarnée par Marianne Marceau, évoque à la fois la force et la fragilité, et c’est tout en finesse qu’elle mène le bal du début à la fin. Tous les autres donnent aussi une performance solide et bien incarnée, dans le ton que leur personnage leur demande.

Christine, la reine-garçon, présenté jusqu’au 11 mai au Théâtre de la Bordée.

Crédits

TEXTE : Michel Marc Bouchard
MISE EN SCÈNE : Marie-Josée Bastien
ASSISTANCE À LA MISE EN SCÈNE : Émile Beauchemin
DÉCOR : Marie-Renée Bourget Harvey
COSTUMES : Sébastien Dionne
LUMIÈRES : Sonoyo Nishikawa
MUSIQUE : Stéphane Caron

Distribution

  • Jonathan Gagnon: Chanut
  • Jean-Michel Déry: René Descartes
  • Réjean Vallée: Axel Oxenstierna
  • Simon Lepage: Johan Oxenstierna
  • Marianne Marceau: Christine
  • Eliot Laprise: Karl Gustav
  • Ariane Bellavance-Fafard: Comtesse Ebba Sparre
  • Frédérique Bradet: Duchesse Erika Brähe
  • Érika Gagnon: Marie-Éléonore de Brandebourg
  • Vincent Michaud: L’albinos