This time will be different – FTA

Une cérémonie intergénérationnelle pour célébrer la beauté et la survivance. Coup de gueule contre le gouvernement canadien qui perpétue le statu quo envers les peuples autochtones, l’installation-performance de Lara Kramer et Émilie Monnet raconte leur force et leur résilience. Une réponse aux promesses sans cesse rompues.

Une enfant déchire une à une les 600 pages du rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Sa grand-mère, l’artiste visuelle Glenna Matoush, survivante des pensionnats, l’observe. De la peinture rouge, de la colle, des pièces de monnaie qui cognent. Jointes à d’autres membres de leur communauté, les créatrices ont écouté et rapporté leurs récits. Dans la lenteur de rituels collectifs, This Time Will Be Different instaure un espace de dialogue et d’écoute. Un lieu tel une offrande où les histoires ne naissent pas figées dans les livres, mais par les gestes échangés, les corps investis, les gens réunis.

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Le Canada n’est pas un pays. C’est une compagnie. (…)

Les premiers mots de Glenna Matoush sont percutants parce qu’ils sont vrais. Le Canada n’a jamais été, et ne sera jamais, un pays. La constitution signée en 1867 par les signataires n’a toujours été qu’un argument économique pour rassembler les ressources sous la même égide – et par le fait même, éradiquer les peuples autochtones. Il faut rappeler que ces peuples vivaient depuis 14 000 ans sur l’île de la Tortue, aujourd’hui appelée  »Amérique », quand les européen.nes sont arrivé.es

Mais le génocide autochtone date de bien avant la constitution, dès l’apparition des européens sur l’île de la Tortue. Tous les moyens auront été bons pour mettre à mal les peuples autochtones. Les ravages, nous les connaissons (enfin), et surtout de plus en plus, maintenant que l’on donne progressivement un peu plus la parole aux autochtones dans les médias.

Des pages du rapport de Comité de vérité et de réconciliation du Canada que l’on déchire, colle au sol et souille de peinture rouge. Des livres que l’on étale comme des pavés, que l’on empile, suspend. Ce tableau vivant évolutif développe des images toutes aussi dures les unes que les autres. Pendant tout le long de ce qui ressemble presque à un rituel, une jeune enfant se promène et exécute les mêmes mouvements que les adultes – avec la plus grande naïveté. On entend de temps à autres des extraits audios de conversations entre les créatrices du projet et Glenna Matoush, à qui le gouvernement aura refusé son indemnité de survivante aux pensionnats autochtones. La présence intergénérationnelle sur scène reflète également ce traumatisme (intergénérationnel) sur lequel Lara Kramer travaille dans ses œuvres.

En ce sens, on ne peut que saluer que le FTA présente un projet comme celui-ci. This time will be different réunit toutes les qualités pour en faire un spectacle percutant. Le rendu est simple, l’espace est bien utilisé, les images, qui se développent dans la durée, sont frappantes. Le propos est on ne peut plus clair: c’est un sacré uppercut en pleine gueule du Canada, de sa  »constitution » et de ce que tout cela aura causé (et cause encore) comme dégâts pour les peuples autochtones. Parce qu’il ne faudrait pas se leurrer : ce n’est pas en reconnaissant simplement qu’il y a eu des dégâts que les choses s’amélioreront. Il faut que des gestes concrets soient posés de la part du gouvernement du Canada, et maintenant. Parce qu’encore aujourd’hui, des réserves un peu partout au Canada n’ont pas accès à l’électricité et à l’eau potable. Parce que les peuples autochtones sont encore victimes de discrimination et de profilage raciale. Parce que des femmes autochtones continuent de se faire assassiner impunément sans que de charges soient porté à leurs meurtriers. Parce que des gouvernements, comme celui de l’Ontario, coupent dans les fonds destinés aux artistes autochtones.

Le chemin sera long. Mais on espère qu’avec suffisamment de pression et de combat, le choses avanceront plus vite que désiré. Émilie Monnet et Lara Kramer s’unissent ici pour nous proposer une installation performance d’une grande pertinence. On en aurait pris tellement plus !

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This time will be different

1 au 4 juin 2019

Studio Hydro-Québec (Festival TransAmérique)

http://fta.ca/spectacle/this-time-will-be-different/

Author: Thomas Duret

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